Dans la série "sauver les banques de la faillite", on annonce que les résultats des "stress tests" (en français "tests de résistance" - c'est quand même plus chic) seront connus le 23 juillet prochain, et qu'ils pourraient conduire à - de nouveau - faire appel aux fonds publics pour renflouer les banques naufragées. Ces tests de résistance sont censés représenter pour les banques ce que sont les simulations de tremblements de terre pour les bâtiments : une manière artificielle de vérifier leur solidité en cas de crise. Une mise à l'épreuve (sens français de l'anglais "test") de leur solidité. Mais c'est bien plutôt les nerfs des banquiers et des régulateurs que l'on met à l'épreuve, au lieu de tester réellement la capacité des établissements financiers à survivre à un tremblement de marché.
Un test de résistance est simplement la simulation d'un choc de marché unique d'une magnitude donnée sur les comptes des banques. On imagine ainsi que, connaissant le pire, on pourra s'y préparer. Mais les regulateurs, empêtrés dans leur conception positiviste (et depassée) du monde, appliquent des tests adaptes uniquement aux phenomenes naturels. Or un phenomene social s’auto-construit. C’est ce qu’on appelle la performativité des modelisations economiques.
Ce qui ne va pas dans cette approche, c'est qu'on a évacué toute idée de dynamique de gestion de crise : un stress test est juste un choc statique, que l'on subit passivement. Tandis qu'une vision dynamique des chocs conduit à gérer au fil du temps les facteurs qui provoquent ces crises. Ainsi, il n'est pas dit que le coût en fonds propres issu d'une gestion dynamique des chocs futurs soit aussi élevé que le coût en fonds propres issu d'une vision statique d'un choc unique subi. Si l'on ne pense pas la dynamique de la gestion, c'est parce qu'on ne voit pas ce qu'il y aurait à gérer, car on n'appréhende le risque qu'à travers sa dimension d'amplitude (la taille du choc), en oubliant sa dimension de forme (la structure des fragilités qui cause les chocs).
L'idée des stress tests est donc une autre conséquence néfaste de l'imprégnation des mentalités par le virus brownien (ou virus B). Elle ne sert - hélas - qu'à créer du stress (il faudra de l'argent public) au lieu de rassurer. Telle est la force du virus B. Et si on se débarassait du virus B au lieu de stresser les banquiers ?
Virus brownien
Le virus brownien est une infection qui touche la pensée, conduisant celui qui en est atteint à voir le monde de manière "lisse" (ou continue) par opposition à une compréhension "rugueuse" (ou discontinue) des phénomènes. Cette perception altérée peut-être très dangereuse dans certaines situations car elle produit une illusion d'optique sur la nature des risques, qu'on ne voit plus - ou mal.
mardi 13 juillet 2010
jeudi 1 juillet 2010
Et si être prudent, c'était concentrer ses fonds et non les diversifier ?
On connaît le dogme de la diversification en finance, dont la version de bon sens est "ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier". Apparue aux Etats-Unis dans les années 1950 à la suite des travaux de Markowitz (Nobel 1990 d'économie pour ces travaux), la théorie des choix de portefeuillle assène qu'il faut répartir son argent sur le plus de titres possibles - on dit diversifier maximalement ses fonds - afin d'obtenir la meilleure protection à long terme contre les risques de pertes.
Dans une interview récente, Mark Taborsky, Executive Vice President de Pimco, responsable du développement des produits de gestion, donne un avis contraire : "La diversification donne un faux sentiment de sécurité". Il ne fait que retrouver une déclaration de Keynes qui, en 1942, qualifiait de "parodique" le procédé d'investissement consistant à choisir un grand nombre de titres sur lesquels on disposait de peu d'information, par opposition à la concentration sur un petit nombre de sociétés sur lesquelles on avait de bonnes informations. La technique de Markowitz ? Une parodie de politique d'investissement selon Keynes !
Si le risque des actions n'est mesuré que par la volatilité, alors la diversification est la meilleure stratégie possible. Mais si l'on veut aussi prendre en compte la différence entre les gains et les pertes (ce qui n'est pas si absurde concernant la mesure des risques...), alors on montre que cela produit mécaniquement un effet de concentration. Warren Buffet et Keynes ont donc raison contre Markowitz...
La clé de l'énigme ? Lorsque le risque n'est mesuré que par la volatilité, on se trouve dans la représentation mentale continuiste des variations boursières. D'où la diversification. Mais avec la dissymétrie gains - pertes, ce n'est plus le cas : il faut concentrer. Markowitz a donc été contaminé par le virus brownien. Conclusion : la diversification est un effet de la présence du virus B dans les gènes des gérants de portefeuille.
Dans une interview récente, Mark Taborsky, Executive Vice President de Pimco, responsable du développement des produits de gestion, donne un avis contraire : "La diversification donne un faux sentiment de sécurité". Il ne fait que retrouver une déclaration de Keynes qui, en 1942, qualifiait de "parodique" le procédé d'investissement consistant à choisir un grand nombre de titres sur lesquels on disposait de peu d'information, par opposition à la concentration sur un petit nombre de sociétés sur lesquelles on avait de bonnes informations. La technique de Markowitz ? Une parodie de politique d'investissement selon Keynes !
Si le risque des actions n'est mesuré que par la volatilité, alors la diversification est la meilleure stratégie possible. Mais si l'on veut aussi prendre en compte la différence entre les gains et les pertes (ce qui n'est pas si absurde concernant la mesure des risques...), alors on montre que cela produit mécaniquement un effet de concentration. Warren Buffet et Keynes ont donc raison contre Markowitz...
La clé de l'énigme ? Lorsque le risque n'est mesuré que par la volatilité, on se trouve dans la représentation mentale continuiste des variations boursières. D'où la diversification. Mais avec la dissymétrie gains - pertes, ce n'est plus le cas : il faut concentrer. Markowitz a donc été contaminé par le virus brownien. Conclusion : la diversification est un effet de la présence du virus B dans les gènes des gérants de portefeuille.
mardi 29 juin 2010
Le virus des bonus ?
Haro sur les bonus ! La taxation des bonus aura des vertus pédagogiques en incitant les banques à prendre désormais moins de risques, et l'on sait comment la prise de risque inconsidéré a fini pour les banques (pas toutes : pas les australiennes, les canadiennes etc. voir le post précédent). Est-ce donc si simple ?
La question de l’évaluation correcte des risques se trouve au cœur de la problématique des bonus. Tout calcul de bonus devrait prendre en compte les impacts négatifs potentiels des prises de positions des opérateurs. Si les risques de pertes ne sont pas pris en considération dans le calcul des bonus, il est très vraisemblable que ceux qui encaisseront les primes au moment de la vente des instruments financiers ne seront pas ceux qui paieront les pertes que ces mêmes instruments pourraient engendrer au moment où elles apparaîtront : les bonus des uns seront payés par les impôts des autres.
Or, la théorie financière classique (appelée bizarrement « moderne » par ceux qui l’utilisent en ingénierie financière) permet ce tour de magie, pour deux raisons : l’oubli du temps, l’oubli du risque. Le temps et le risque sont évacués de la théorie financière classique car l’hypothèse continuiste des variations de valeur permet de croire que l’on pourra suivre pas à pas l’évolution du cours de l’instrument vendu (pas de rupture) donc que l'on pourra protéger sa position à tout instant (de manière continue). Dans cette représentation continuiste des variations boursières, la notion de durée disparaît aussi : point n’est besoin de considérer le futur puisque seule est suffisante la couverture au présent. On connaît la fin de l'histoire...
Le virus brownien est donc bien présent et actif dans les manières de calculer les bonus. Grâce à la représentation brownienne, on ne voit pas pour quelle raison les bonus ne pourraient pas être payés. Le virus brownien (le virus B - B pour bonus ?) est ainsi le virus des bonus.
La question de l’évaluation correcte des risques se trouve au cœur de la problématique des bonus. Tout calcul de bonus devrait prendre en compte les impacts négatifs potentiels des prises de positions des opérateurs. Si les risques de pertes ne sont pas pris en considération dans le calcul des bonus, il est très vraisemblable que ceux qui encaisseront les primes au moment de la vente des instruments financiers ne seront pas ceux qui paieront les pertes que ces mêmes instruments pourraient engendrer au moment où elles apparaîtront : les bonus des uns seront payés par les impôts des autres.
Or, la théorie financière classique (appelée bizarrement « moderne » par ceux qui l’utilisent en ingénierie financière) permet ce tour de magie, pour deux raisons : l’oubli du temps, l’oubli du risque. Le temps et le risque sont évacués de la théorie financière classique car l’hypothèse continuiste des variations de valeur permet de croire que l’on pourra suivre pas à pas l’évolution du cours de l’instrument vendu (pas de rupture) donc que l'on pourra protéger sa position à tout instant (de manière continue). Dans cette représentation continuiste des variations boursières, la notion de durée disparaît aussi : point n’est besoin de considérer le futur puisque seule est suffisante la couverture au présent. On connaît la fin de l'histoire...
Le virus brownien est donc bien présent et actif dans les manières de calculer les bonus. Grâce à la représentation brownienne, on ne voit pas pour quelle raison les bonus ne pourraient pas être payés. Le virus brownien (le virus B - B pour bonus ?) est ainsi le virus des bonus.
lundi 28 juin 2010
Et si seules étaient taxables les banques contaminées par le virus brownien ?
Haro sur les banques ! "Faut-il brûler les banquiers" s'interrogeait Georges Pauget (ancien directeur général de Crédit Agricole SA) dans un livre très suggestif publié en 2009. Finalement, on ne va pas les brûler, juste les taxer. D'ailleurs le G20 y veille... Mais voilà, justement, c'est la déception : les pays membres du G20 ne sont pas parvenus à s'entendre sur l'opportunité d'une taxation des banques. Les Canadiens, les Australiens ou les pays émergents, dont les banques ont traversé la crise sans aides des Etats, ne voient pas pour quelle raison il faudrait sanctionner des établissements qui ont bien su se protéger de la tourmente financière. Scandale, disent les autres (ceux dont les banques ont mal vécu la crise...), il faut décourager la spéculation... Pas de chance pour la France et la Hollande, qui faisaient la promotion de la taxation dans le monde entier.
Les banques que la crise a le plus touché, et donc celles qu'il a fallu sauver par de l'argent public, sont celles qui n'ont pas su se protéger contre les risques : leurs systèmes de contrôle des risques ont été contaminés par le virus brownien. Finalement, c'est à cause du virus brownien que les Etats ont du mettre au pot les milliards injectés pour sauver les banques malades... malades du virus brownien.
Les banques que la crise a le plus touché, et donc celles qu'il a fallu sauver par de l'argent public, sont celles qui n'ont pas su se protéger contre les risques : leurs systèmes de contrôle des risques ont été contaminés par le virus brownien. Finalement, c'est à cause du virus brownien que les Etats ont du mettre au pot les milliards injectés pour sauver les banques malades... malades du virus brownien.
dimanche 27 juin 2010
Et si on voyait les périodes boursières calmes comme des mini-krachs ?
Comme chaque professionnel des marchés le sait bien, le marché est très calme... sauf quand il bouge beaucoup ! Autrement dit, il ne se passe rien d'important... sauf quand il se passe quelque chose de très important. Avec cette drôle de manière de considérer les marchés, on ne peut qu'être pris au dépourvu quand l'orage survient. Evidemment, si l'on s'imagine que les gens sont rationnels quand le marché est très calme, ils ne peuvent qu'être irrationnels quand ça secoue fortement ! Il s'en suit la condamnation morale usuelle (la pensée unique en morale financière aujourd'hui) : les spéculateurs atteints d'une folie irrationnelle ont précipité le marché dans la tempête boursière. Ah! si seulement les gens étaient restés rationnels (donc sages ?)
Sur cette manière clivée de voir la bourse, les marchés et la finance, la psychanalyse aurait beaucoup à dire. Mais restons-en pour le moment au phénomène financier. Et si le regard qu'on porte sur les périodes calmes était biaisé ? Et si une image fausse des périodes calmes donnait une impression fausse de la dynamique des marchés pendant ces périodes ? Et si ce que l'on voit lisse était en réalité très rugueux, mais à une échelle très petite ? Voir du lisse là où c'est rugueux, est typiquement un effet du virus brownien.
Imaginons que l'on voie les périodes calmes comme une succession de mini-ruptures, de mini-chocs, de mini-discontinuités, en fait de mini-krachs. On pourrait alors les considérer comme des signaux faibles, des mini-fissures des marchés, comme en sismique. Ce qui permettrait de s'intéresser aux risques qu'une succession de micro-fissures se transforme en faille, voire en crise (de liquidités ?). Une solution est donc à portée de main. Seule condition : se désintoxiquer du virus brownien.
Sur cette manière clivée de voir la bourse, les marchés et la finance, la psychanalyse aurait beaucoup à dire. Mais restons-en pour le moment au phénomène financier. Et si le regard qu'on porte sur les périodes calmes était biaisé ? Et si une image fausse des périodes calmes donnait une impression fausse de la dynamique des marchés pendant ces périodes ? Et si ce que l'on voit lisse était en réalité très rugueux, mais à une échelle très petite ? Voir du lisse là où c'est rugueux, est typiquement un effet du virus brownien.
Imaginons que l'on voie les périodes calmes comme une succession de mini-ruptures, de mini-chocs, de mini-discontinuités, en fait de mini-krachs. On pourrait alors les considérer comme des signaux faibles, des mini-fissures des marchés, comme en sismique. Ce qui permettrait de s'intéresser aux risques qu'une succession de micro-fissures se transforme en faille, voire en crise (de liquidités ?). Une solution est donc à portée de main. Seule condition : se désintoxiquer du virus brownien.
jeudi 24 juin 2010
Et si demain il y avait une assuranceroute ?
Tout le monde sait ce qu'est une banqueroute. D'après le Grand Larousse encyclopédique en 10 volumes, "banqueroute" vient de l'italien banca (banque...) et rotta : rompu. C'est une allusion au vieil usage de rompre le banc, qui, à l'époque, était le comptoir du banqueroutier. Aujourd'hui, faire banqueroute, c'est faire faillite. Synonymes : débâcle, déconfiture, krach. Avec le virus brownien, le nombre de faillites bancaires a étrangement augmenté. Un virus causeur de banqueroutes ?
mardi 22 juin 2010
Et si on créait un Greenpeace de la finance ?
C'est l'dée qui vient d'être proposée par un groupe d'eurodéputés pour faire face à l'emprise de la finance et aux lois qui la régissent (www.finance-watch.org/). Il s'agira de former un contre-pouvoir pour contrer l'influence des conceptions dominantes qui ont conduit le système financier là où nous avons vu...
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